Biographie de Bernard Maris

Publié le 15 octobre 2020 Mis à jour le 15 octobre 2020
Bernard Maris, né le 23 septembre 1946 à Toulouse, est un économiste, essayiste, écrivain et journaliste français.

Il est assassiné par arme à feu, le 7 janvier 2015, à Paris, lors de l'attentat terroriste au siège du journal Charlie Hebdo, dont il était un des rédacteurs et actionnaires, et ses obsèques ont lieu le 15 janvier suivant à Montgiscard (Haute-Garonne).

Universitaire et hétérodoxe

Élève au lycée Pierre-de-Fermat puis étudiant à Sciences Po Toulouse, Bernard Maris obtient en 1975 un doctorat en sciences économiques à l'université Toulouse-I, avec la thèse La distribution personnelle des revenus : une approche théorique dans le cadre de la croissance équilibrée, sous la direction de Jean Vincens. Maître de conférences à partir de 1984, il devient professeur des universités par concours d'agrégation en 1994 à Sciences Po Toulouse.

Il exerce à l'Institut d'études européennes de l'université Paris-VIII, enseigne la microéconomie à l'université de l'Iowa et à la banque centrale du Pérou.

C’est un économiste formé aux thèses orthodoxes qui, au milieu des années 1980, se tourne vers des auteurs comme Karl Marx, John Maynard Keynes, Sigmund Freud ou René Girard.

Sa nomination comme Professeur donne lieu à une très vive délibération du Conseil National des Universités. La question se pose de savoir s’il vaut mieux l’avoir dans l’Université ou en dehors, et il est nommé Professeur à une voix près.

En 1995, il se voit décerner le prix de « Meilleur économiste » par le magazine Le Nouvel Economiste.

Bernard Maris est membre de l’Association française d’économie politique, constituée en 1999, qui défend le pluralisme dans l’enseignement et dans la recherche.

Economiste et militant

Grand admirateur de John Maynard Keynes, à qui il a consacré Keynes ou l'économiste citoyen, Bernard Maris pense que l’économie doit être politique, être une science des valeurs d’usage et non des valeurs d’échange. Il s’intéresse à l'économie réelle, à ses aspects négatifs, mais aussi aux notions de gratuité, de don et contre-don, ou de revenu d'existence. Il se rapproche par moments des thèses décroissantes. Il s’engage pour l’écologie, la sobriété et la convivialité, mais beaucoup plus largement, il considère que l’économiste, à l’instar de tout citoyen, doit participer à la vie politique et sociale.
Il participe aussi bien au conseil scientifique d'ATTAC, qu’aux élections législatives, en 2002, pour lesquelles il se présente à Paris sous l'étiquette des Verts, ou au Conseil général de la Banque de France, qu’il intègre en 2011 à la demande de Jean-Pierre Bel, Président du Sénat.

Il fait aussi partie du comité éditorial de l’association Je me souviens de Ceux de 14 qui rassemble autour de la figure de l’académicien Maurice Genevoix, dont la fille fut sa deuxième épouse, les personnes souhaitant réfléchir aux implications actuelles de la Grande Guerre.

Vulgarisateur et provocateur

Bernard Maris publie de nombreux ouvrages de vulgarisation en économie, comme Ah Dieu ! Que la guerre économique est jolie ! (1998), Lettre ouverte aux gourous de l'économie qui nous prennent pour des imbéciles (1999), La Bourse ou la vie (2000).

Il écrit dans les journaux Marianne, Le nouvel Observateur, Le Figaro, ou encore Le Monde. Il tient des chroniques à la radio, quotidienne sur France Inter, avec Dominique Seux, directeur délégué de la rédaction du journal Les Échos, ou à la télévision sur I Télé et France 5 dans l'émission C dans l'air.

Également connu sous le pseudonyme d’Oncle Bernard dans Charlie Hebdo, il est fondateur du titre lors de sa renaissance en 1992, actionnaire à hauteur de 11 %, et directeur adjoint de la rédaction jusqu’en 2008. Collaboration qui a d’abord suscité l'hostilité d'une partie de la rédaction, contre l'irruption d'un économiste dans un journal satirique.

Journaliste et critique des discours

Ses interrogations sur la rhétorique des économistes sont récurrentes, comme dans Petits principes de langue de bois économique, en 2008. Il met en évidence l’existence de rhétoriques énoncées sous forme de lois générales anhistoriques (loi du marché, concurrence, efficience économique…), qui conduisent à l’aggravation de l’injustice sociale.

Il est l’un des premiers, avec Des économistes au-dessus de tout soupçon, 1990, à dénoncer le discours des « experts » autolégitimés qui disent ce qu’il faut faire ou accepter.

Pour Bernard Maris, il faut décoloniser les imaginaires pour rouvrir le champ des possibles. Car le discours économique est omniprésent dans l’espace public – au point que même Charlie Hebdo a une chronique économique !...

Chercheur et à sa juste place dans la société

Avec Keynes, Bernard Maris partage l’idée que l’économie doit se nourrir de toutes les autres sciences (sociologie, histoire, anthropologie, psychologie…), mais aussi de l’art, de la littérature. Il co-publie avec une historienne, un anthropologue et une sociologue Gouverner par la peur en 2007.

Il va plus loin en voulant placer l’économie bien en-dessous des sciences et de l’art. Keynes prédisait pour ses petits-enfants une société de loisir, d’amitié et de culture où l’on travaillerait très peu. Maris aspire lui-aussi à cette société permettant de « réconcilier l’irréconciliable : le travail et le plaisir, l’érotisme et la vie sociale, la contemplation de la vie, l’absence de cruauté et la vie sociale, la présence d’autrui et l’absence de mimétisme. Nous serons alors dans le royaume de la paix et de la beauté, où la terre redevient un jardin, un royaume jusqu’alors accessible aux seuls artistes, mais désormais accessible à tous » (Capitalisme et pulsion de mort, 2009).

Mais si Bernard Maris a la qualité de nous faire rire et penser librement, il y a aussi chez lui un pessimisme beaucoup plus grand que chez Keynes, de qui il reprend l’idée que le désir d’accumulation monétaire est « morbide », suivant aussi Freud et ses thèses sur la tendance de l’homme à l’autodestruction. Son dernier ouvrage consacré à Michel Houellebecq est d’ailleurs une dénonciation radicale du capitalisme et de ce qu’il fait de nous.

Homme de qualité et de transmission

Tout dans sa vie est prétexte à réflexion, à création et à transmission. Ce qui explique les hommages dont il a été l’objet après sa disparition : articles dans les médias, nécrologies dans des revues académiques, attribution de son nom à des salles dans différentes universités, à quelques établissements scolaires, à des rues… et enfin à une chaire.

En effet, l’Association ALLISS, la Fondation Maison des Sciences de l’Homme (Paris) et Sciences Po Toulouse ont souhaité rendre hommage à sa figure à travers la création d’une Chaire Bernard Maris « Economie Sociétés ». Dotée par l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture du label de « Chaire UNESCO », elle a pour but de promouvoir une économie ancrée dans les sciences sociales et dans la cité. Depuis 2018, la Chaire organise des manifestations scientifiques et des débats citoyens autour des questions économiques et sociétales pour faire vivre, transmettre et nourrir l’héritage d’un intellectuel hors du commun.

Keynes affirmait qu’un « économiste de qualité » doit « être mathématicien, historien, homme d’État, philosophe, dans une certaine mesure. Il doit comprendre les symboles et s’exprimer avec des mots. Il doit observer le particulier d’un point de vue général et atteindre le concret et l’abstrait du même élan de pensée. Il doit étudier le présent à la lumière du passé et dans la perspective du futur. Rien de la nature et des institutions de l’homme ne doit lui être étranger. Il doit être à la fois impliqué et désintéressé ; être aussi détaché et incorruptible qu’un artiste et cependant avoir autant les pieds sur terre qu’un homme politique ». Bernard Maris est un peu de tout cela.