Isabel Carvalho : « Langages tissés » - Centre d’art LE LAIT | Albi

Publié le 28 juin 2021 Mis à jour le 28 juin 2021
du 3 juillet 2021 au 17 octobre 2021 28 rue Rochegude, 81000 Albi
Langages tissés
Langages tissés

Isabel Carvalho ques­tionne des espa­ces du réel. Héritière d’une cer­taine tra­di­tion por­tu­gaise issue d’une forte rela­tion entre les arts plas­ti­ques et le format livres­que, le texte, la lec­ture, l’écriture sont aux fon­de­ments de sa recher­che. Elle aime penser alors l’agen­ce­ment de ses tra­vaux en rela­tion avec le contexte dans lequel ils se déploient. À partir de l’his­toire du Centre d’art Le Lait, hébergé dans une ancienne biblio­thè­que de la ville – pré­cé­dem­ment demeure de l’Amiral de Rochegude dès 1787 –, l'artiste a ima­giné une série de pièces iné­di­tes qui pro­pose de nouer son tra­vail sur le lan­gage avec la sin­gu­la­rité d’Albi et de cet hôtel par­ti­cu­lier.

Isabel Carvalho s’est tout par­ti­cu­liè­re­ment inté­res­sée à son ancien pro­prié­taire, Henri Pascal de Rochegude – dont l’Hôtel et le parc ont conservé le nom – et à sa pas­sion pour la lit­té­ra­ture. Rompu aux études phi­lo­so­phi­ques et socia­les, Rochegude se retira de son mandat de maire d’Albi et de la vie publi­que à l’âge de 58 ans. Sa biblio­thè­que per­son­nelle conte­nait une grande variété d’ouvra­ges dont quel­ques-uns, jugés sub­ver­sifs, furent brûlés en 1834 par les héri­tiers de la famille, ce afin de lui assu­rer des obsè­ques reli­gieu­ses.

Elle a exploré le contenu de cette biblio­thè­que en s’inté­res­sant à l’exis­tence de ces ouvra­ges inter­dits, notam­ment celui d’un auteur ita­lien dont elle a retrouvé la trace, Gianfrancesco Straparola, avec son plus célè­bre recueil de contes de fées gri­vois et fan­tas­ti­ques, inti­tulé Les nuits facé­tieu­ses. À partir de cette lec­ture, elle s’est inté­res­sée à une autre réfé­rence ita­lienne qu’elle convo­que comme anti­thèse à Straparola, à savoir Urania de Giulia Bigolina, sorte de roman qua­li­fié de proto-fémi­niste qui, au tra­vers de la prose et de la poésie, offre un contre­point à la repré­sen­ta­tion fémi­nine volon­tai­re­ment miso­gyne que l’on trouve chez Straparola.
Ces deux réfé­ren­ces, datant toutes deux du 16e siècle, ont cha­cune eu une impor­tance dans l’his­toire de la lit­té­ra­ture et celle de leur genre. C’est pré­ci­sé­ment en tis­sant des liens avec les formes lan­ga­giè­res que l’artiste a cons­truit une série de répon­ses for­mel­les s’appuyant sur ces deux réfé­ren­ces lit­té­rai­res et leur poten­tiel expé­ri­mental à leurs époques.

Cet espace dia­lo­gal est sug­géré par deux ins­tal­la­tions suc­ces­si­ves. La pre­mière, illus­trant une forme de logor­rhée à la Straparola, se com­pose d’éléments en verre qui émettent un son sans rete­nue, tra­ver­sant la salle au gré des cou­rants d’air, tandis que la seconde, repré­sen­tant un doigt levé ins­piré de l’ico­no­gra­phie médié­vale, se tient en attente d’une pos­si­ble décla­ma­tion par Bigolina.

Dans la der­nière salle, c’est la figure de Sainte Cécile, icône de la cathé­drale d’Albi et patronne des musi­ciens, qui pro­pose une alter­na­tive au dia­lo­gue verbal par la puis­sance de com­mu­ni­ca­tion du chant comme art supé­rieur. Plutôt qu’une oppo­si­tion, Sainte Cécile se pose une alter­na­tive à la ques­tion de la repré­sen­ta­tion et à la puis­sance ver­bale.

L’expo­si­tion Langages tissés au centre d’art le Lait pro­po­sera un ensem­ble d’œuvres réa­li­sées pour l’occa­sion et gui­dera le visi­teur dans une expé­rience unique de l’uni­vers plas­ti­que d’Isabel Carvalho.

Communiqué du Centre d'Art - Commissariat d’expo­si­tion : Estelle Nabeyrat et Antoine Marchand


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