Henri Meunier à Auch

Publié le 30 avril 2021 Mis à jour le 4 mai 2021
page de couverture de l'album la rue qui ne se traverse pas On se serait cru dans La rue qui ne se traverse pas. Un des ouvrages dont Henri Meunier se sent le plus proche.
La barrière de la rue est pour lui celle de la langue étrangère qui l’empêche de communiquer oralement avec la femme qu’il aime lorsqu’il se sont rencontrés.

« Elle habitait au cœur de la rue qui ne se traverse pas, fenêtre sur rue.
Lui vivait juste en face, fenêtre sur elle.

Entre eux deux, il y avait le vide.

Entre eux deux, il y avait le royaume délicieux et gai des moineaux, virevoltants, légers et suspendus,
qui seuls traversaient la rue qui ne se traverse pas. »

Une histoire d’amour donc.
Relue sous l’éclairage de la crise sanitaire.
Un autre lecteur, un autre moment, feront dire autre chose encore à ces mêmes pages.



Il y a autant d’histoire que de lecteurs. Henri Meunier insiste. La liberté du lecteur est fondamentale.
Un album, s’il n’est pas écrit à trois est un album raté, nous dit-il.
L’auteur, l’illustrateur et le lecteur participent chacun à donner toute sa force à l’ouvrage.

Malgré les barrières physiques nous avons pu, tels les petits moineaux de La rue qui ne se traverse pas garder un ton léger et échanger sur des sujets variés.

page de couverture de l'album L'autre fois Nous nous sommes promenés dans la forêt de gratte-ciel Newyorkais aux côtés du Petit Poucet et de ses frères en explorant l’album L’autre fois. Perrault a inventé sept frères, mais un seul a un rôle dans son conte. Henri Meunier trouve le procédé terrible et avec cet album décide de redonner une place aux six autres. Il choisit la verticalité des immeubles en remplacement de celle des arbres. Il joue également avec la matière des illustrations en utilisant le collage sur des fonds de plan de New York de différentes époques, comme autant de strates d’un conte qui a traversé les âges.


page de couverture de l'album Au commencement Nous avons philosophé sur la place de l’homme sur terre grâce au documentaire  Au commencement qui met en scène l’évolution du point de vue des fourmis.
Avec une bonne dose d’humour, Henri Meunier critique l’ethnocentrisme de l’homme. Si on ramenait l’évolution à une seule journée, l’homme n’apparaîtrait que les trois dernières secondes remarque-t-il très justement. Pourquoi serions-nous plus important que les fourmis ?


page de couverture de l'album Le Paradis Nous avons rêvé du Paradis avec l’album qui porte le même nom.
Henri Meunier aime à croire que le Paradis est sur terre.
Ça l’embêterait drôlement de devoir attendre d’être mort pour le connaître.


Il nous a expliqué plus largement sa façon de créer ses personnages, ses histoires puisées dans le monde réel.
A ce propos, il cite Aragon, « Écrire c’est mentir vrai ».
Il nous fait part de sa manière de laisser couler l’inspiration d’une traite sans savoir où il va.
Quand il juge qu’il tient quelque chose de bon, il écrit et réécrit encore, jusqu’à ce qu’a ce que son texte puisse parler à ses lecteurs.

Plus intimement, il confie sa relation compliquée à l’école, sa dysorthographie et sa dyslexie. L’école idéale, lui demande-t-on ?
Freinet, dans la forêt, en pleine nature !

S’il était une lettre ? Un C. C'est une lettre très ouverte, par laquelle commencent beaucoup de mots délicieux, beaucoup d'insultes aussi. Une lettre formidable.
S’il était un mot ? Gypaète !
S’il était un livre ? Un recueil de Jean Tardieu, léger, profond et drôle. Capable de faire rire et réfléchir en même temps.

Et puis avant de partir il a réalisé un dessin en souvenir de cette belle rencontre, sans oublier les oiseaux qui nous ont permis de traverser la rue qui ne se traverse pas.

 
dessin Henri Meunier